Voyager en Birmanie est comme faire un voyage dans le temps. Un des attraits de ce pays reste ses temples bouddhistes qui vous transportent dans un autre âge. De Rangoon à Pagan, en passant par Mandalay et les anciennes capitales birmanes édifiées le long des rives de l’Irrawaddy, mille et un temples dorés éblouissent le voyageur. Ils symbolisent la pérennité d’une foi restée intacte à travers les siècles.

Les temples de Rangoon

Vêtus d’une tunique bordeaux et pieds nus, les moines glissent gracieusement sur le parvis de la pagode Shwedagon, à Rangoon (la capitale, aujourd’hui nommée Yangon), avant de se prosterner devant l’une des chapelles dorées où trônent des bouddhas en méditation. Autour d’eux, des hommes et des femmes en chemise et longyi — le traditionnel sarong birman — déambulent en silence, à la recherche de leur saint préféré. Il est 6 heures du soir, et toute la Birmanie semble s’être donné rendez-vous dans le temple le plus sacré du pays. Quelques gongs et cloches résonnent, et de nombreux fidèles se sont assis, dans une attitude déférente, les yeux clos, tandis que leurs prières s’élèvent vers l’immense stupa central, dont le sommet doré brille sous les rayons de l’astre solaire.

Les temples de Pagan

Quel contraste avec le calme et la sérénité du site de Pagan qui, à une heure de vol de Rangoon, est plongé dans une léthargie millénaire ! C’est ici, en haute Birmanie, que les empires se sont bâtis, à commencer par Pagan, première capitale du pays. Les vestiges plus ou moins restaurés des quelque 2000 temples de brique et de grès éparpillés dans une plaine désolée laissent imaginer qu’une civilisation prestigieuse s’est développée ici. En effet, entre le IXe et le XIIIe siècle et à l’instar des bâtisseurs d’Angkor, dont ils se partageaient l’Asie du Sud-Est, les souverains birmans avaient des rêves de grandeur. Véritable pionnier, le roi Anawratha inaugura l’âge d’or de Pagan à partir de 1044 de la modeste fédération de villages qui se contentaient de vivre des récoltes des champs et des richesses des eaux. Il fit un empire en conquérant des ports et des cités qui jalonnaient le delta de l’Irrawaddy et en s’offrant ainsi des débouchés commerciaux dans le golfe de Martaban. Il était aussi motivé par une grande ferveur religieuse ; après avoir vaincu le royaume bouddhique de Thaton, dans le Sud, et emporté ses précieux textes et reliques sacrés, il se lança dans de grands travaux de construction, car l’édification des pagodes permet d’accumuler des mérites. Ses successeurs continuèrent son œuvre. La magnificence et la renommée des édifices religieux de Pagan dépassèrent les frontières si bien que Marco Polo, en mission chez les Mongols en 1277, en fut ébloui sans les avoir visités. Il écrivit dans Le Devisement du monde : «Les tours sont construites en pierre fine ; certaines ont ensuite été recouvertes d’une couche d’or (…). Le roi a fait ériger ces tours pour commémorer le faste de son règne et pour la paix de son âme.»

Les temples de Mandalay

De nos jours, merveilleusement conservé, le temple de Shwezigon figure parmi les plus beaux chefs-d’œuvre d’Anawratha, et reste l’un des plus importants centres de pèlerinage. Devant le monument niché au sommet de trois terrasses, le visiteur ne sait ce qu’il faut admirer le plus : la majesté des quatre bouddhas debout face aux escaliers, les mains levées en signe de protection et tendues vers les quatre points cardinaux ? L’élégance de la forme en cloche du stupa doré, qui sert de modèle aux temples birmans ? Une rêverie interrompue par les pas des moinillons qui, vers 11 heures, défilent sur le parvis avec un bol pour mendier leur nourriture quotidienne, et par les voix des fidèles, qui leur font don d’une modeste portion de riz. Scène magnifique rappelant que Bouddha fut un prince qui a abandonné les privilèges de sa condition et choisi la pauvreté pour acquérir la sérénité de l’esprit : quatre statues de l’Eveillé ayant atteint le nirvana invitent le pèlerin à suivre son exemple au temple d’Ananda, le monument le plus grandiose et le plus achevé de Pagan. Mais, comme si la cité atteignait alors les limites de son apogée, elle amorça brutalement son déclin en 1287, après l’invasion des hordes mongoles de Kubilay Khan. Elle n’avait livré aucune bataille – pour quelle raison ? Le mystère demeure toujours entier.

Il nous reste le plaisir de méditer sur la grandeur et la décadence des empires, du haut de la terrasse du temple de Shwesandaw, à Mandalay, au moment où les derniers feux du soleil couchant embrasent les monuments, juste avant que les ténèbres les enveloppent. Se croyant abandonnés des dieux, les rois birmans déplacèrent leurs différentes capitales, facilement démontables parce que palais et monastères, destinés aux hommes, étaient en bois. Au gré des prédictions de leurs astrologues – un site peut être sanctifié par une prédiction du Bouddha – et des tremblements de terre, Sagaing, Ava, Amarapura et, enfin, Mandalay se succédèrent le long des rives de l’Irrawaddy, dont les plaines et les collines se couvrirent de temples en pierre qui ont pu résister aux ravages du temps.

Dernière cité royale avant la conquête britannique au XIXe siècle, Mandalay s’enorgueillit de ses monastères prestigieux, qui ont conservé la mémoire des splendeurs d’antan. À Shwesandaw, le «monastère d’or», un bouddha assis sur un trône orné des emblèmes royaux – le paon, symbole du Soleil, et le lapin, symbole de la Lune – vous accueille dans une féerie dorée.
Le tourisme se développe en Birmanie. Les touristes privilégient pour cette destination les voyages organisés avec séjours en hôtels, auberges de jeunesse ou chambres d’hôtes

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