De la Nouvelle-Angleterre, terre des pionniers américains qui ont fondé le Nouveau-Monde, jusqu’au fin fond des Keys, dont le nom évoque Bogart et Hemingway, la Route n°1 de la côte Est, baptisée ainsi parce qu’elle fut la première autoroute à être construite aux États-Unis, s’amuse à changer de nom lorsqu’elle arrive en Floride. Comme si elle voulait marquer son identité sudiste, elle s’est offert un surnom : “South Dixie Highway”, et le voyageur le remarque d’autant plus qu’elle traverse la “Sunshine State” (l’État du Soleil), symbole de tous les rêves américains. Située à la même latitude que l’Afrique du Nord, cette Riviera “made in USA” est à l’Amérique ce que la Côte d’Azur est à la France : été comme hiver, elle étire des plages ensoleillées qui s’étendent sur 1600 km, et de jour comme de nuit propose des plaisirs faciles que tout un chacun peut s’offrir, à l’instar des stars, des artistes et des milliardaires qui y ont leurs pied-à-terre.

A Coconut Grove, qui s’enorgueillit de posséder la plus belle marina du sud de l’État, le Planet Hollywood rose bonbon inauguré par Arnold Schwarzenegger, Sylvester Stallone et Bruce Willis attire les fans qui dégustent leurs plats en rêvant devant les photos de leurs idoles. De l’autre côté, des maisons victoriennes, des villas baroques, des minarets rutilants et des pagodes chinoises signalent aux connaisseurs qu’ils s’approchent de Coral Gables, le royaume des richissimes Latino-Américains de Miami. Ce délire architectural illustre la formidable imagination d’un certain Georges Merrick. Millionaire mégalomane, il a réussi à faire édifier au début du XXe siècles “sa” cité idéale dans un ancien champ d’agrumes, et y a mis les moyens : 100 millions de dollars, le plus gros investissement immobilier de l’époque ! N’a-t-il pas promis que quiconque visiterait le lieu y trouverait “du soleil en permanence et des gens bronzés” ? Ainsi, fit-il construire à l’intention des visiteurs une étonnante piscine vénitienne : taillé dans une carrière de corail, ce lagon orné d’îles, de ponts pavés, de grottes et de cascades, est censé représenter le paradis terrestre. Mieux encore, il fit édifier une petite Venise, pièce maitresse de sa “City Beautiful”, dont les canaux sillonnés par des gondoles sont, de nos jours, remplacés par des cours de tennis et un golf tropical dominés par la flèche impressionnante du Biltmore Hotel.

Comme un aimant, la tour mauresque inspirée de la Giralda de Séville concentre sur elle tous les regards. Dans le hall d’entrée orné d’arches et de colonnades néo-classiques, de fresques voûtées et de lustres étincelants, on prend le thé à cinq heures, pour se replonger sans effort dans les fastes des années vingt, lorsque les plus fameux orchestres se produisaient. C’était le temps où Judy Garland chassait le renard dans le parc, et où le maître nageur de la plus grande piscine d’hôtel du pays s’appelait Johnny Weissmuler, champion olympique de natation et futur Tarzan à l’écran.

Fidèle aux fameux slogan “To get rich in Florida Land” (Devenir riche en Floride), de son époque, George Merrick œuvrait dans la tradition des pionniers qui avaient “lancé” la Floride au XXe siècle.

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